Anonymat

Automne anonyme Ceci n’est pas — cela aurait pu être — une exposition d’œuvres anonymes. Ce n’est pas davantage du street-art déguisé, une opération à ciel couvert ou à visage dissimulé, un interventionnisme domestiqué et chaudement galerisé. C’est, tout simplement, plus simplement en tout cas, une exposition qui nous parle de l’anonymat. Qui modestement questionne l’individu et sa singularité; qui explore l’impersonnalité, à l’ère de la prolifération, de la profusion, de l’indifférenciation. C’est déjà pas mal. Sont réunis ici, sans qu’il soit besoin de les épingler, des créateurs plus ou moins professionnels, en devenir ou amateurs; issus de l’ESA Saint-Luc Liège, de l’Académie des Beaux-Arts, ou d’ailleurs; professeurs, jeunes diplômés, transfuges ou étudiants actuels. Au jeu (toujours un peu

hasardeux) du qui-fait-quoi, sûrement l’artiste a-t-il plusieurs masques. Et sûrement plusieurs images — de marque. Il peut s’agir ici de questionner la masse indistincte, la répétition et la variation, l’accumulation jusqu’au vertige, comme dans le travail photographique d’Eric Van Den Berg, ou encore dans celui de Dominique Castronovo qui, aux côtés de Bernard Secondini, efface le sens et dissout insensiblement les icônes du Septième art. Il peut s’agir de retravailler des photos trouvées, non datées ou non attribuées, comme dans le travail pictural d’interprétation de Roman Couchard, ou de réappropriation de Jean-Paul Laixhay. Un visage n’est jamais complet, il garde son dosage d’opacité et d’évidence: c’est ce que sous-entendent les portraits troublants de Charlotte Delleur ou de Florian Tourneux. Qui dira d’où viennent ces images sans affectation, simples évocations ou apparitions formelles remodelées par Raphaël Coibion? Mais surtout, qui dira d’où viennent et où vont ces êtres, ombres sans nom, âmes errantes saisies il y a peu de temps pourtant par Nadine Delrez, dans les abords hostiles des côtes méditerranéennes?… Qu’ils mettent à mal la foire aux égos, la visibilité des visages ou la lisibilité des images, sûrement chacun des artistes ici présents se différencie-t-il des autres en ceci qu’il est le même qu’eux — mais différemment. Encore se peut-il qu’il ne s’agisse ici que de pseudonymes, de prête-nom, de trompe-l’œil. Mais aussi, de formes d’engagement qui ne se plient pas aux cases et qui n’exigent pas d’étiquettes. un passant Exposition proposée par Wégimont Culture, premier volet d’une opération conjointe avec l’ESA Saint-Luc Liège, où le second volet ouvrira ses portes à la mi-novembre (gare aux courants d’air). Infos www.saint-luc.be. Rens. à propos des œuvres ici exposées: 0499/364599 ou 0477/389835.

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